Au Gabon, le paradoxe est bien connu : les banques disposent de liquidités à placer et les porteurs de projets peinent à obtenir un financement. Pour tenter de combler ce fossé, la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG) change de stratégie et mise désormais sur l’éducation financière de sa clientèle. Longtemps perçue comme un simple obstacle administratif, la constitution du dossier de crédit est aujourd’hui au cœur d’une campagne de sensibilisation lancée par l’établissement bancaire. Objectif : expliquer aux TPE et aux jeunes entrepreneurs pourquoi une bonne idée ne suffit plus à convaincre.
Le dossier, nerf de la guerre.
Selon des sources internes à la BCEG, près de 60% des dossiers de demande de crédit des primo- entrepreneurs sont jugés incomplets ou incohérents lors de la première présentation. Une situation qui conduit mécaniquement à un taux de refus élevé et à un découragement des porteurs de projets. « La question centrale que se pose l’analyste crédit n’est pas de savoir si l’idée est bonne, mais si le dossier permet de comprendre clairement l’activité, le besoin réel et surtout la capacité de remboursement », explique l’institution dans sa dernière note pédagogique. Pour y remédier, la banque a structuré son accompagnement autour de cinq piliers.
Cinq exigences pour un dossier finançable.
Le premier pilier est la précision du besoin. L’époque des demandes forfaitaires de « 3 ou 5 millions pour le commerce » est révolue. La BCEG exige désormais une ventilation détaillée, appuyée par des devis : achat de stock, matériel, aménagement ou besoin en fonds de roulement. Chaque franc demandé doit être justifié. Deuxième exigence : la preuve du marché. L’entrepreneur doit démontrer qu’il connaît sa clientèle, ses prix, sa fréquence d’achat et son positionnement face à la concurrence. La banque privilégie les preuves de terrain aux études théoriques.
Troisième point, et le plus scruté par le comité de crédit : la capacité de remboursement. Le chiffre d’affaires ne suffit pas. L’analyse porte sur le résultat net après déduction de toutes les charges. C’est ce solde qui détermine la capacité à honorer les échéances. Quatrième pilier : le réalisme des projections financières. Dans un contexte économique sous tension, la BCEG indique préférer des prévisions prudentes et atteignables à des projections trop ambitieuses. La cohérence entre le discours du promoteur et ses chiffres est déterminante. Enfin, cinquième et dernier pilier : la maîtrise du projet par le porteur lui-même. Au-delà du document écrit, l’entretien oral reste un moment clé. L’entrepreneur doit incarner son projet et en maîtriser tous les aspects, des coûts aux risques.
Un enjeu de développement.
Cette démarche pédagogique s’inscrit dans un contexte plus large. Avec un tissu économique composé à plus de 90% de très petites entreprises, l’inclusion financière est un levier majeur de la diversification de l’économie gabonaise, prônée par les plus hautes autorités.
En formant mieux les demandeurs de crédit, la BCEG ne cherche pas seulement à réduire son risque, elle cherche aussi à sécuriser la pérennité des entreprises qu’elle finance. Un dossier bien préparé, rappelle la banque, ne garantit pas l’obtention du crédit, mais un dossier mal préparé en garantit presque systématiquement.







