Le Gabon cherche à mieux organiser la valorisation économique de ses crédits carbone souverains, en structurant désormais leur gestion et leur commercialisation. La décision annoncée lors du Conseil des ministres présidé par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, confie notamment à l’AGADEV un mandat de négociation et de commercialisation. Derrière cette architecture institutionnelle se joue un enjeu plus large : transformer les résultats climatiques du pays en actifs susceptibles de générer de la valeur, sans que le communiqué ne permette encore d’en chiffrer les retombées.
De la protection climatique à la valorisation économique.
L’enjeu dépasse désormais la seule politique climatique. Il s’agit de construire une chaîne capable de transformer les résultats d’atténuation obtenus par le pays en actifs susceptibles d’être valorisés sur le marché du carbone. Le Conseil des ministres a arrêté une nouvelle architecture institutionnelle pour encadrer cette activité. Le Secrétariat permanent du Conseil national climat est désigné comme Organisme de gestion des enjeux climatiques et Autorité nationale désignée au titre de l’Accord de Paris.
Cette structure aura notamment pour missions d’instruire les projets carbones, de certifier les résultats d’atténuation et de tenir le registre national des gaz à effet de serre. Le dispositif organise ainsi l’amont de la chaîne : identification des projets, mesure des résultats, certification et enregistrement. À l’autre extrémité, l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (AGADEV) est désignée comme mandataire de l’État pour la négociation et la commercialisation des crédits carbone souverains.
Cette répartition des fonctions donne une dimension économique concrète à l’instrument carbone. La production et la certification des résultats climatiques relèvent d’un côté de la gouvernance climatique ; leur valorisation commerciale est confiée de l’autre à une structure dédiée. L’enjeu est donc de passer d’un actif climatique potentiellement valorisable à une chaîne de valeur organisée, dans laquelle chaque étape mesure, certification, enregistrement, négociation et commercialisation doit être clairement définie.
Un marché à structurer avant de générer des recettes.
Le potentiel économique de cette nouvelle organisation doit toutefois être distingué des recettes effectivement générées. Le communiqué du Conseil des ministres ne précise ni le volume de crédits carbone souverains à commercialiser, ni leur prix, ni les recettes attendues pour l’État. Il serait donc prématuré de traduire cette décision en prévision budgétaire. L’enjeu immédiat est plutôt de créer les conditions permettant aux crédits gabonais d’être identifiés, vérifiés, enregistrés et proposés aux acheteurs dans un cadre suffisamment sécurisé.
La certification des résultats d’atténuation et l’existence d’un registre national constituent, à ce titre, des éléments essentiels. Ils doivent permettre d’assurer la traçabilité des résultats revendiqués et de renforcer l’organisation de la gouvernance de l’actif carbone. Pour l’AGADEV, la mission confiée ouvre ainsi un nouveau champ d’intervention : celui de la négociation et de la commercialisation d’un actif souverain issu de la politique climatique.
Le véritable enjeu économique se situe désormais dans la capacité du Gabon à faire fonctionner cette chaîne dans la durée. La décision du Conseil des ministres pose l’architecture institutionnelle. La suite devra permettre de déterminer quels volumes pourront être valorisés, dans quelles conditions et avec quelles retombées économiques pour l’État. Le carbone passe ainsi progressivement du registre de la politique environnementale à celui de la valorisation économique des actifs climatiques du pays.







