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mardi, juillet 21, 2026
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MANGANESE : LE GABON VEUT PASSER DE L’EXPORTATION BRUTE A L’INDUSTRIE DE TRANSFORMATION

En signant un nouvel accord avec Eramet, Libreville affiche une ambition claire : ne plus seulement extraire son manganèse, mais capter davantage de valeur sur son territoire. Jusqu’à 700 000 tonnes de minerai pourraient être transformées localement d’ici 2031, avec à la clé des emplois industriels, une nouvelle filière de biocharbon et un soutien aux entreprises gabonaises.

Pendant longtemps, le Gabon a été considéré comme l’un des grands pays miniers africains grâce à ses importantes réserves de manganèse. Mais comme de nombreux producteurs de matières premières, le pays cherche désormais à franchir une nouvelle étape : celle de la transformation locale.

C’est dans cette logique que l’État gabonais, Eramet et sa filiale Eramet Comilog ont signé à Paris un protocole d’accord destiné à accélérer l’industrialisation de la filière manganèse. L’objectif affiché est de faire évoluer le modèle économique du pays, en passant d’une logique d’extraction et d’exportation vers une chaîne de valeur davantage intégrée au niveau national.

Créer de la valeur au-delà de la mine

Le défi est stratégique. Le manganèse est aujourd’hui un métal essentiel pour plusieurs secteurs industriels, notamment la sidérurgie, mais aussi certaines applications liées à la transition énergétique. En transformant davantage cette ressource sur place, le Gabon espère conserver une plus grande part de la richesse générée par son sous-sol.

L’accord signé avec Eramet prévoit l’étude de trois grands projets industriels capables de transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an à l’horizon 2031.

Premier axe : la construction d’une unité de production d’oxyde de manganèse dans la région de Libreville. Cette installation, destinée notamment aux marchés des batteries et des aciers haute performance, pourrait produire 10 000 tonnes par an dans une première phase.

Deuxième chantier : la modernisation du Complexe Métallurgique de Moanda (CMM), déjà exploité par Eramet Comilog. L’objectif est de rénover les installations existantes et d’améliorer leur compétitivité afin de relancer durablement la production.

Troisième ambition : créer une nouvelle usine d’alliages de manganèse à proximité de la façade maritime du pays. Ce projet, plus important en volume, pourrait permettre de transformer environ 530 000 tonnes de minerai par an et renforcer la position du Gabon sur le marché international des alliages destinés à l’industrie sidérurgique.

L’énergie, le principal défi industriel

Mais cette nouvelle phase d’industrialisation repose sur une condition essentielle : l’accès à une énergie abondante et compétitive.

La transformation du manganèse nécessite d’importantes quantités d’électricité, notamment pour la production d’alliages. Le protocole prévoit donc que l’État gabonais travaille au développement des solutions énergétiques nécessaires pour accompagner ces investissements.

Cette question sera déterminante pour la réussite des projets. Sans infrastructures électriques adaptées, la transformation locale pourrait rester limitée, malgré le potentiel minier du pays.

Le partenariat prévoit également la création d’un comité de suivi associant les autorités gabonaises, Eramet et Eramet Comilog afin d’évaluer régulièrement l’avancement des projets et les conditions économiques de leur réalisation.

Du manganèse plus vert grâce au biocharbon

L’accord ne porte pas uniquement sur la production métallique. Il ouvre aussi la voie au développement d’une filière locale de biocharbon, produit à partir de déchets issus de l’industrie forestière.

Cette ressource pourrait remplacer une partie du coke métallurgique utilisé dans les procédés industriels et contribuer à réduire l’empreinte carbone de la transformation du manganèse.

Au-delà de l’enjeu environnemental, le projet vise aussi à créer des synergies entre deux secteurs majeurs de l’économie gabonaise : la forêt et l’industrie minière.

Vers un nouvel écosystème industriel gabonais

Autre volet important : la création d’un fonds d’amorçage industriel baptisé « Fabriqué au Gabon ».

L’ambition est de soutenir l’émergence d’entreprises locales capables de participer à la nouvelle dynamique industrielle. Le dispositif vise notamment la création de plusieurs milliers d’emplois industriels à terme et le développement d’un réseau de fournisseurs gabonais autour des activités minières et ferroviaires.

Pour Libreville, l’enjeu dépasse donc largement le seul secteur du manganèse. Il s’agit de construire progressivement un tissu industriel national, capable de générer davantage d’emplois qualifiés et de réduire la dépendance du pays aux exportations de matières premières.

Un changement de modèle économique en marche

Avec cet accord, le Gabon affirme une nouvelle orientation : celle d’un pays qui veut transformer ses ressources avant de les vendre.

Reste désormais à convertir cette ambition en réalisations concrètes. Les prochaines années seront décisives, entre sécurisation énergétique, décisions d’investissement et compétitivité des futures unités industrielles.

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