Le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, a reçu mercredi à Libreville le nouveau représentant résident de la Banque mondiale au Gabon, Sylvain Kakou. Les échanges ont porté sur la modernisation du secteur agricole, avec un accent particulier sur la filière avicole, appelée à jouer un rôle central dans le renforcement de la production locale et de la sécurité alimentaire.
La filière avicole au cœur des échanges.
Cette première rencontre officielle entre Pacôme Kossy et Sylvain Kakou a permis de poser les bases d’une future collaboration entre le Gabon et la Banque mondiale dans le secteur agricole. La filière avicole figure parmi les priorités évoquées. Pour les autorités gabonaises, son développement doit contribuer à réduire progressivement la dépendance du pays aux importations de produits de volaille et à renforcer la sécurité alimentaire nationale. Cette orientation intervient alors que le Gabon cherche à accélérer la transformation de sa filière avicole et à accroître significativement les capacités de production nationale.
Une production locale encore insuffisante.
Le défi reste important. Selon des données de planification publique, le Gabon a importé en moyenne environ 55 000 tonnes de poulet de chair par an entre 2020 et 2024, alors que la production nationale était estimée à environ 4 000 tonnes par an. Face à cet écart, les autorités veulent renforcer les capacités des producteurs locaux et structurer davantage la chaîne de valeur avicole. Le Plan opérationnel d’urgence de la filière avicole prévoit notamment l’accompagnement d’une première cohorte de 150 fermes avicoles réparties dans les neuf provinces du pays. L’objectif annoncé par le gouvernement est de porter progressivement la production nationale à 100 000, voire 130 000 tonnes par an à l’horizon 2027-2028.
Le défi des intrants et des infrastructures.
L’augmentation de la production ne dépend toutefois pas uniquement du nombre d’exploitations. L’accès aux poussins d’un jour, à l’alimentation animale et aux infrastructures de transformation constitue également un enjeu majeur. Dans le cadre du plan d’urgence, des mesures ont ainsi été engagées pour sécuriser l’approvisionnement des exploitations sélectionnées. Une commande de 562 400 poussins d’un jour et de 2 350 tonnes d’aliments avait notamment été programmée pour soutenir les 150 fermes retenues. Le développement de la filière passe également par la construction et la modernisation des couvoirs, abattoirs et chaînes de froid. La disponibilité du maïs et du soja nécessaires à la fabrication de l’aliment destiné aux volailles constitue également un élément déterminant pour la compétitivité du secteur.
Le secteur privé appelé à jouer un rôle majeur.
La transformation de la filière avicole repose aussi sur une plus grande implication du secteur privé. Le gouvernement gabonais a annoncé plusieurs projets d’investissement destinés à renforcer les capacités nationales de production agricole et avicole. Ces initiatives doivent contribuer à structurer les différentes étapes de la chaîne, de l’élevage à la transformation et à la commercialisation. Pour la Banque mondiale, cette structuration des chaînes de valeur représente également une opportunité de favoriser l’investissement privé local et de créer des emplois durables. Les jeunes et les femmes pourraient notamment bénéficier des nouvelles opportunités générées par le développement de l’agriculture et de l’élevage.
Un levier de diversification de l’économie.
Au-delà de la seule production de poulet, le développement de la filière avicole s’inscrit dans une ambition plus large de diversification de l’économie gabonaise. Pour Sylvain Kakou, le développement de l’agriculture et de l’élevage reste indispensable pour accélérer cette diversification et renforcer la participation du secteur privé à l’économie nationale. La structuration des chaînes de valeur agricoles pourrait ainsi permettre de développer de nouvelles activités, de soutenir les producteurs locaux et de favoriser la création d’emplois.
Vers un partenariat renforcé avec la Banque mondiale.
La rencontre entre le ministère de l’Agriculture et la Banque mondiale ouvre ainsi une nouvelle perspective de coopération autour de la transformation du secteur agroalimentaire. Pour le Gabon, l’enjeu consiste désormais à transformer les ambitions affichées en capacités de production durables, capables de répondre à la demande nationale tout en réduisant progressivement la dépendance aux importations. L’accompagnement de la Banque mondiale pourrait notamment contribuer à renforcer les chaînes de valeur, soutenir l’investissement privé et améliorer les conditions de développement des acteurs de la filière. La filière avicole apparaît ainsi comme l’un des chantiers majeurs de la politique agricole gabonaise, à la croisée des enjeux de souveraineté alimentaire, d’emploi et de diversification économique.







