La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) poursuit son développement, avec une capitalisation et un encours obligataire qui témoignent de l’évolution du marché financier régional. Pourtant, l’accès des entreprises à ces instruments reste limité par plusieurs exigences financières et réglementaires. Entre les opérations obligataires des États, les perspectives d’introduction en bourse et les besoins de financement du secteur privé, la question est désormais de savoir comment orienterdavantage les ressources disponibles vers l’économie productive.
Une place financière régionale en évolution.
Le marché financier de la CEMAC affiche plusieurs signes de progression. Au 28 octobre 2026, la capitalisation boursière globale de la BVMAC atteignait environ 1 696,7 milliards de FCFA. L’encours des dettes obligataires s’établissait, pour sa part, à près de 1 227,5 milliards de FCFA. Ces indicateurs traduisent l’existence d’un marché qui se développe progressivement, même si sa profondeur et son activité restent des enjeux importants. La valeur des transactions enregistrées lors de la séance du 28 octobre s’élevait à 939 027 FCFA. Ce
montant correspond à une seule journée de cotation et ne saurait être assimilé à l’activité mensuelle ou annuelle de la Bourse. Il rappelle néanmoins que la capitalisation globale ne suffit pas à apprécier la liquidité réelle du marché.
Les opérations annoncées par la BVMAC illustrent également cette dynamique. La première cotation de l’emprunt obligataire de l’État gabonais « EOG 2026 à tranches multiples » était prévue le 3 novembre 2026. L’opération porte sur 17 352 382 obligations, réparties entre deux maturités : trois ans à 6 % net et quatre ans à 6,5 % net. À la date du 2 novembre, cette première cotation restait annoncée et ne pouvait donc pas être présentée comme déjà réalisée. Autre évolution, la BVMAC a publié un avis relatif à la demande d’introduction en bourse de Renaprov Finance S.A., établissement camerounais de microfinance. Cette publication concerne une décision de son comité d’admission et de développement. Elle ne signifie pas que la société est déjà admise à la cote ou que ses titres sont effectivement négociés sur le marché.
Un accès au marché qui reste exigeant.
Malgré ces évolutions, le marché financier régional ne constitue pas encore une solution directement accessible à une large partie des entreprises de la sous-région. Une introduction en bourse implique notamment des obligations de transparence, de gouvernance, de publication des comptes et de communication financière. Ces exigences sont nécessaires pour protéger les investisseurs, mais elles supposent aussi que les entreprises disposent d’une organisation administrative et financière suffisamment structurée. Le recours au marché obligataire présente également des contraintes. Une entreprise souhaitant mobiliser des capitaux par ce canal doit démontrer sa capacité à rembourser les sommes empruntées, présenter un projet suffisamment solide et répondre aux exigences réglementaires applicables. Pour
les petites et moyennes entreprises, les coûts de structuration et les conditions d’accès peuvent constituer des obstacles supplémentaires.
Cette situation pose la question de l’accompagnement des entreprises. La formalisation des activités, la fiabilisation des états financiers, l’amélioration de la gouvernance et la préparation de plans d’affaires crédibles sont autant de conditions qui peuvent faciliter leur accès aux marchés de capitaux.
Mobiliser davantage l’épargne au service des entreprises.
L’un des enjeux du développement financier régional consiste à mieux relier les ressources disponibles aux besoins de financement des acteurs économiques. Le marché obligataire privé, les fonds d’investissement et le capital-investissement peuvent compléter les financements bancaires et offrir des solutions adaptées à certaines entreprises. Pour atteindre cet objectif, la diversification des instruments doit s’accompagner d’un élargissement du nombre d’émetteurs privés, d’une meilleure connaissance des mécanismes boursiers par les entreprises et d’un renforcement de l’accompagnement technique. Les établissements financiers, les sociétés de bourse et les organisations patronales ont un rôle à jouer dans cette évolution. La progression de la BVMAC constitue une base pour approfondir le marché financier de la CEMAC. Mais sa capacité à soutenir le développement économique régional dépendra aussi de son aptitude à accueillir davantage d’entreprises et à financer des projets productifs. Au-delà des opérations souveraines, l’enjeu est de faire du marché régional un véritable instrument de financement du secteur privé.







