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vendredi, juillet 10, 2026
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Marchés publics : la Taskforce dévoile des irrégularités

Depuis 2020, la Taskforce chargée de l’audit de la dette publique passe au crible des centaines de marchés financés par l’État. Des fournitures informatiques aux grands chantiers d’infrastructures, les investigations mettent en évidence des surfacturations, des dépassements budgétaires et des travaux inachevés qui interrogent les mécanismes de contrôle de la dépense publique. Si plusieurs dossiers ont déjà été transmis à la justice, les audits se poursuivent afin d’établir les responsabilités et de mesurer l’ampleur réelle des irrégularités.

Les fournitures informatiques, les marchés d’approvisionnement alimentaire et les travaux publics figurent parmi les secteurs où la Taskforce sur la dette publique a relevé les irrégularités les plus importantes. Depuis le lancement de ses travaux en 2020, cette structure a examiné plusieurs centaines de dossiers afin d’évaluer les conditions d’exécution des marchés publics et leur contribution à l’évolution de la dette intérieure de l’État.

Selon le coordinateur de la Taskforce, ces trois secteurs présentent des vulnérabilités particulières. L’absence de références tarifaires suffisamment précises, la difficulté de contrôler les quantités effectivement livrées et la complexité du suivi des chantiers ont favorisé des pratiques de surfacturation et de mauvaise exécution des contrats.

Le rapport d’étape arrêté au 15 novembre 2023 met en évidence plusieurs cas emblématiques. Dans le secteur des infrastructures routières, la réhabilitation des voiries de Libreville aurait donné lieu à un surcoût estimé à 12 milliards de FCFA, en raison de prix unitaires jugés anormalement élevés.

Sur la route Ndjolé-Médouneu, les vérifications ont permis d’identifier des surfacturations évaluées à 2,8 milliards de FCFA sur les seuls travaux de gros œuvre, soit près de 30 % du montant initial du contrat.

Le chantier du stade d’Oyem présente également un important dépassement budgétaire. Son coût est passé de 45 milliards à 66 milliards de FCFA, soit une hausse de 47 %, attribuée notamment à une surévaluation des quantités de travaux et des coûts unitaires.

Les investigations concernent également le secteur de l’éducation. La rénovation de plusieurs lycées techniques aurait été engagée sans procédure de mise en concurrence. Pour le lycée technique de Gamba, le dépassement budgétaire atteint 3,5 milliards de FCFA sans justification technique démontrée.

Un autre dossier retient particulièrement l’attention de la Taskforce. Dans un lycée technique situé sur le littoral sud du pays, près de 5 milliards de FCFA auraient été engagés alors que seulement 15 % des travaux avaient été réalisés après dix années de chantier. Cette affaire a été transmise aux autorités judiciaires.

Le secteur de la santé n’échappe pas non plus aux investigations. Les audits font apparaître des écarts de prix importants sur les marchés de fourniture de médicaments génériques destinés au Centre hospitalier universitaire de Libreville, certains produits ayant été facturés entre 200 % et 300 % au-dessus des prix observés dans plusieurs pays de la sous-région.

Pour la Taskforce, ces différents dossiers illustrent des dysfonctionnements structurels dans la gestion de la commande publique. Entre 2020 et 2023, la dette intérieure du Gabon est passée d’environ 400 milliards à 3 000 milliards de FCFA. Les auditeurs estiment que cette évolution s’explique en partie par des insuffisances dans les mécanismes de contrôle ainsi que par des situations de collusion entre certains opérateurs économiques et des responsables administratifs.

Les suites judiciaires demeurent encore limitées. Selon les données communiquées par la Taskforce, 32 % des dossiers instruits ont donné lieu à des poursuites, tandis que les autres restent en cours d’instruction ou ont été classés sans suite.

Les enquêteurs distinguent plusieurs formes de surfacturation : la majoration des prix unitaires, la surestimation des quantités commandées ou facturées et les « travaux fantômes », correspondant à des paiements effectués alors que l’avancement réel des chantiers ne reflète pas les montants décaissés.

Concernant les investigations les plus récentes, les responsables de la Taskforce rappellent que plusieurs dossiers sont désormais entre les mains du Procureur de la République. En raison des procédures judiciaires en cours, ils observent une stricte obligation de réserve et s’abstiennent de communiquer les noms des entreprises ou des personnes concernées.

Les opérations d’audit se poursuivent sur de nombreux marchés qui ne sont pas encore totalement exécutés. Si le bilan définitif reste à établir, les constats dressés depuis 2020 mettent déjà en évidence l’ampleur des irrégularités relevées et soulignent les défis auxquels le Gabon est confronté pour renforcer la transparence, la gouvernance et l’efficacité de la dépense publique.

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