Le groupe camerounais Prometal franchit une nouvelle étape dans son expansion régionale. Le lancement des travaux de sa future aciérie au sein de la Zone économique spéciale (ZES) de Nkok, au Gabon, représente un investissement de 38 milliards de FCFA et illustre la volonté des autorités gabonaises d’accélérer la transformation industrielle du pays. Au-delà de l’annonce, ce projet soulève plusieurs enjeux économiques : substitution aux importations, montée en gamme industrielle, intégration de la chaîne de valeur et développement d’un pôle sidérurgique en Afrique centrale.
Un investissement stratégique dans l’industrie
La pose de la première pierre de l’usine, le 1er juillet 2026, marque l’entrée en phase opérationnelle d’un projet porté par Prometal Gabon, filiale du groupe camerounais. L’investissement constitue la première étape d’un programme industriel plus vaste, issu de la convention signée avec l’État gabonais en février 2025.
L’usine, implantée dans la ZES de Nkok, affichera une capacité de production annoncée de 170 000 tonnes de produits sidérurgiques par an, comprenant du fer à béton, des tubes, des tôles, des pointes et d’autres matériaux destinés aux secteurs du bâtiment, des travaux publics et des infrastructures.
Le choix de Nkok n’est pas anodin. Depuis plusieurs années, cette zone économique concentre une part importante des investissements industriels du Gabon grâce à un environnement fiscal et logistique conçu pour favoriser la transformation locale des matières premières.
Réduire la dépendance aux importations
Le marché gabonais reste largement dépendant des importations pour son approvisionnement en produits sidérurgiques. Avec l’essor des projets de logements, d’infrastructures routières, portuaires et énergétiques, la demande en acier de construction progresse régulièrement.
Dans ce contexte, la future aciérie de Prometal pourrait contribuer à renforcer l’offre locale et à limiter une partie des importations, sous réserve que sa production réponde aux besoins du marché national en termes de volumes, de qualité et de compétitivité.
Pour le gouvernement, cette stratégie s’inscrit dans une politique plus large visant à améliorer la balance commerciale en développant des capacités industrielles capables de produire localement des biens jusqu’alors importés.
Une stratégie d’intégration de la chaîne de valeur
Dans une première phase, la production reposera sur le recyclage de la ferraille disponible sur le marché.
Mais l’ambition affichée par Prometal va au-delà. Le groupe prévoit, à moyen terme, de développer un complexe sidérurgique intégré utilisant directement le minerai de fer gabonais. Une telle évolution permettrait d’assurer une plus grande maîtrise de la chaîne de valeur, depuis la ressource minière jusqu’à la fabrication de produits finis.
Si ce projet se concrétise, il constituerait une avancée significative pour le Gabon, dont une grande partie des ressources naturelles est encore exportée avec une faible transformation locale.
Des défis à relever
Malgré ses perspectives, le projet devra relever plusieurs défis avant de produire pleinement les effets économiques attendus.
Le premier concerne l’approvisionnement. La disponibilité de la ferraille locale devra être suffisante pour alimenter l’usine durant sa phase initiale, avant une éventuelle utilisation du minerai de fer gabonais.
Le second défi porte sur la compétitivité. Les producteurs africains doivent composer avec une concurrence internationale, notamment asiatique, souvent caractérisée par des coûts de production plus faibles.
La réussite du projet dépendra également de la qualité des infrastructures logistiques, de la disponibilité d’une énergie fiable et compétitive ainsi que de l’évolution de la demande régionale en produits sidérurgiques.
Pour le Gabon, ce projet constitue un nouveau test de sa stratégie d’industrialisation. Si les objectifs annoncés sont atteints, l’usine pourrait contribuer à renforcer la valeur ajoutée créée localement, à diversifier l’économie et à consolider le rôle de la ZES de Nkok comme principal pôle industriel du pays. Les retombées économiques dépendront toutefois de la capacité du projet à entrer en production dans les délais prévus, à maintenir sa compétitivité et à s’intégrer durablement aux chaînes de valeur régionales.






