Thierry Minko : L’homme des chiffres, face à la réalité

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Avec Thierry Minko, l’économie gabonaise change de tempo. Ici, pas de discours lyrique. Des tableaux, des projections, des arbitrages qui plongent au cœur des défis macroéconomiques d’un pays à l’équilibre précaire entre ambitions et contraintes.

Par Jean-Rovys Dabany

Ministre de l’Économie et des Finances, il occupe le poste le plus exposé du gouvernement : celui où les promesses se confrontent immédiatement à la réalité budgétaire, où les équations financières deviennent de véritables liturgies politiques.

Un technicien au cœur du politique

Thierry Minko arrive à un moment où les diagnostics des institutions internationales sonnent comme des appels à la lucidité. Le Fonds monétaire international, dans sa récente consultation Article IV, a souligné des déséquilibres fiscaux persistants, une dette publique au-dessus des seuils communautaires et une croissance dépendante d’un secteur pétrolier en déclin structurel, une trajectoire qui impose des choix douloureux mais nécessaires. 

La Banque mondiale, pour sa part, observe une économie en croissance modérée, estimée à environ 2,9 % en 2024, mais marquée par une détérioration du solde budgétaire, une dette publique déjà élevée et des perspectives de déficit qui pèsent sur la soutenabilité à moyen terme. Elle alerte sur la nécessité d’assurer la viabilité des finances publiques tout en stimulant l’investissement privé et la création d’emplois. 

Ce cadre impose à Minko un double rôle : analyseur de données et artisan de compromis.

Entre rigueur et acceptabilité sociale

Les tableaux Excel ne racontent pas toute l’histoire. Derrière les chiffres, il y a des vies. Et dans un pays où l’inflation peut ronger le pouvoir d’achat et où le chômage des jeunes reste élevé, les décisions économiques sont aussi des équations sociales.

Son principal défi n’est donc pas seulement comptable. Il est politique et humain. Comment imposer la rigueur sans asphyxier ? Comment réformer sans provoquer la rue ? Comment négocier avec les prêteurs et les partenaires financiers, tout en maintenant la cohésion sociale ? Ces questions sont aujourd’hui au centre de son mandat.

Le FMI recommande des réformes structurelles profondes pour diversifier l’économie et réduire les vulnérabilités, notamment celles liées à la dépendance pétrolière. Mais ces réformes, souvent synonymes d’ajustements, exigent une narration politique convaincante et une mise en musique opérationnelle que seul un ministre aguerri peut orchestrer. 

Sur la crête de la dette

Le spectre de l’endettement hante les projections. Selon les institutions internationales, le ratio de la dette publique pourrait dépasser largement les 80 % du PIB dans les prochaines années, bien au-dessus des normes habituelles dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. 

Ce n’est pas seulement un défi comptable : c’est un défi de crédibilité internationale et de confiance des marchés. Dans ce contexte, la mission de Minko est d’équilibrer gestion prudente de la dette, réduction des déficits et stimulation de l’investissement productif, un art délicat qui ne pardonne pas les approximations.

L’équation impossible ?

Si Thierry Minko réussit à traduire ces lignes d’un rapport en politiques tangibles : réforme fiscale, maîtrise des dépenses, ouverture à l’investissement privé, diversification économique, il deviendra l’un des piliers silencieux de ce quinquennat.

S’il échoue, les conséquences se mesureront non seulement en points de pourcentage du PIB, mais dans la vie quotidienne des Gabonaises et des Gabonais : prix, emploi, accès aux services publics, et confiance dans l’État.

Dans ce cabinet où les chiffres dictent parfois l’agenda politique, Minko est l’homme que l’histoire scrute avec exigence, avec espoir, mais aussi avec la dureté du réel.