Le Gabon engage une réforme structurante de sa gouvernance financière. Avec le lancement du Système Intégré de Gestion des Finances Publiques (SIGFiP), l’État pose les bases d’une gestion budgétaire modernisée, traçable et sécurisée. Plus qu’un outil informatique, le SIGFiP se veut un instrument de rupture avec les pratiques du passé et un marqueur politique fort de la nouvelle orthodoxie financière.
Le 15 janvier 2026, le gouvernement gabonais a procédé au lancement officiel du Système Intégré de Gestion des Finances Publiques (SIGFiP), une plateforme numérique présentée comme un levier central de la réforme de la gestion des deniers publics.
Piloté par le ministère de l’Économie, le SIGFiP ne se limite pas à une simple digitalisation des procédures existantes. Il ambitionne une refonte complète de la chaîne financière de l’État, en intégrant l’ensemble du cycle de la dépense publique : de la programmation budgétaire, à la passation des marchés publics, jusqu’au paiement final des prestations.
L’objectif est clair : mettre fin aux zones grises, réduire l’intervention humaine non tracée et renforcer la discipline budgétaire.
Traçabilité, sécurité et responsabilité
L’une des innovations majeures du SIGFiP réside dans l’introduction de la signature électronique, couplée à une centralisation des données financières. Chaque acte : engagement, liquidation, ordonnancement, paiement, laisse désormais une empreinte numérique.
Cette architecture permet : une traçabilité en temps réel des opérations, une sécurisation accrue des flux financiers, une réduction significative des risques de fraude, de doublons et de détournements.
En filigrane, le système instaure une nouvelle culture de responsabilité administrative, où chaque décision est identifiable, horodatée et vérifiable.
Un impératif politique de transparence
La mise en œuvre du SIGFiP s’inscrit dans les instructions directes du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a fait de la bonne gouvernance financière un axe central de son action.
Au-delà de l’efficacité technique, la réforme vise à restaurer la confiance : des citoyens, longtemps sceptiques face à la gestion des finances publiques ; des partenaires techniques et financiers, attentifs aux signaux de rigueur et de transparence.
Dans cette logique, le déploiement du SIGFiP ne se limitera pas au territoire national. Le système sera également opérationnel dans les représentations diplomatiques et consulaires du Gabon à l’étranger, garantissant un contrôle global et unifié des ressources publiques, y compris hors du périmètre administratif central.
Vers une automatisation complète de la chaîne financière
Le lancement du SIGFiP marque une première étape d’un chantier plus large de modernisation financière. Le gouvernement annonce déjà plusieurs extensions majeures pour l’année en cours, notamment : l’introduction de la facture normalisée, destinée à renforcer la transparence des relations entre l’État et ses fournisseurs ; la digitalisation intégrale des procédures douanières, via l’interconnexion du SIGFiP avec SYDONIA World, le système international de gestion douanière.
À terme, l’ambition affichée est celle d’une automatisation complète de la chaîne financière de l’État, réduisant les délais, fiabilisant les données et améliorant la prévisibilité budgétaire.
Un test de crédibilité
Si la promesse est forte, l’enjeu résidera désormais dans l’exécution, l’appropriation du système par les administrations et la capacité de l’État à résister aux résistances internes.
Le SIGFiP n’est pas qu’un logiciel. C’est un test de crédibilité. Celui d’un État qui affirme vouloir compter chaque franc public et en répondre.
Jean-Rovys Dabany







