Ultimatum syndical, dialogue social à bout de souffle et menace d’un arrêt concerté de travail : le secteur pétrolier gabonais entre dans une zone de turbulence. À quelques jours de l’échéance fixée par l’Organisation Nationale des Employés du Pétrole (ONEP), c’est toute la chaîne de valeur : production, recettes publiques et crédibilité économique, qui se retrouve sous tension. Décryptage d’un bras de fer aux conséquences potentiellement lourdes pour l’économie nationale.
Le climat social se durcit dans l’industrie pétrolière gabonaise. Dans une correspondance ferme, datée du 16 janvier, l’Organisation Nationale des Employés du Pétrole (ONEP) a adressé un ultimatum formel aux directeurs généraux de l’ensemble des opérateurs pétroliers actifs dans le pays : Perenco, Assala Energy, TotalEnergies, Maurel & Prom, BW Energy, ainsi qu’à leurs nombreuses entreprises sous-traitantes.
Le syndicat majoritaire du secteur dénonce un dialogue social jugé stérile et dilatoire depuis près de deux ans et fixe une échéance claire : le 31 janvier 2026 à 23h59. À défaut de réponse satisfaisante, l’ONEP annonce le déclenchement d’un arrêt concerté de travail dans toutes les entreprises concernées.
Une menace lourde de conséquences pour un secteur qui demeure l’un des piliers de l’économie nationale.
Un conflit ancien, désormais cristallisé
Selon l’ONEP, les discussions engagées avec les opérateurs et leurs sous-traitants n’ont produit aucune avancée structurelle sur des revendications pourtant récurrentes. Le syndicat estime que le temps des négociations est épuisé et place désormais le rapport de force au centre de sa stratégie.
À la tête du mouvement, le Secrétaire général Sylvain Mayabi Binet assume une ligne dure, arguant d’une fatigue sociale profonde au sein des travailleurs du secteur, notamment ceux employés via la sous-traitance.
Deux revendications centrales
Les exigences portées par l’ONEP s’articulent autour de deux axes majeurs.
1- La lutte contre la précarité dans la sous-traitance
Le syndicat réclame : l’embauche directe des travailleurs mis à disposition et jugés éligibles au sein des sociétés utilisatrices, notamment chez Perenco et Assala Energy; l’alignement immédiat des salaires de ces travailleurs sur les grilles internes des opérateurs principaux ; le paiement rétroactif des écarts de rémunération accumulés sur plusieurs années.
Pour l’ONEP, le recours massif et prolongé à la sous-traitance est devenu un outil de précarisation structurelle, incompatible avec les performances financières du secteur.
2- Le règlement des litiges sociaux en suspens
Le syndicat exige également la satisfaction de plusieurs préavis spécifiques, dont certains ont été déposés dès 2023 et 2024, au sein de sociétés telles que BW Energy, Bourbon Offshore ou Maurel & Prom.
Ces dossiers concernent notamment des questions de conditions de travail, de respect des conventions collectives et de régularisation de situations contractuelles jugées litigieuses.
Un service minimum réduit à l’essentiel
L’élément le plus préoccupant pour les opérateurs réside dans le durcissement annoncé du service minimum. Invoquant la dangerosité des activités pétrolières, l’ONEP précise que celui-ci se limitera strictement à la sécurisation des installations.
Concrètement, cela signifie que : les opérations de forage, les activités de production et d’enlèvement pétrolier, ainsi que les travaux de work over (maintenance lourde des puits), pourraient être totalement suspendus en cas de déclenchement du mouvement.
Un risque macroéconomique non négligeable
Un arrêt prolongé des activités pétrolières aurait un impact direct sur : les recettes budgétaires de l’État, la balance commerciale, les engagements contractuels internationaux des opérateurs, et la crédibilité du climat social du secteur extractif gabonais.
Dans un contexte où les autorités affichent leur volonté de stabilisation économique et d’attractivité pour les investisseurs, cette crise sociale apparaît comme un test majeur de gouvernance sectorielle.
Une séquence décisive
À quelques jours de l’échéance fixée par l’ONEP, la balle est désormais dans le camp des opérateurs et, en filigrane, des pouvoirs publics. Une sortie de crise négociée reste possible, mais le calendrier est serré et les positions semblent figées.
Le compte à rebours est enclenché. Et dans le pétrole, chaque heure perdue coûte cher.
Jean-Rovys Dabany







