Au Gabon, la question du logement ne relève plus du simple enjeu social : elle est devenue un test de gouvernance publique. C’est dans ce contexte que le président de l’Association Gabonaise des Agents Immobiliers (AGAI), figure historique du secteur, a récemment exposé au ministre de l’Habitat, Mays Mouissi, deux priorités structurantes sans lesquelles aucune politique du logement ne pourra produire d’effets durables.
Fort de 42 années de présence et d’activité professionnelle au Gabon, le responsable de l’AGAI se présente comme un acteur de terrain, mais aussi comme une mémoire vivante des politiques foncières et immobilières du pays. Son propos, volontairement direct, repose sur un constat sans détour : le marché immobilier gabonais est aujourd’hui désorganisé, faute de régulation effective et de sécurisation foncière.
L’agrément des agences immobilières, un texte sans application
Première urgence identifiée : l’application de la loi n°6/2017, qui prévoit l’instauration d’un agrément technique obligatoire pour les agences immobilières, délivré par le ministère de l’Habitat. Près de neuf ans après son adoption, cette disposition reste lettre morte.
Cette absence d’agrément a, selon les professionnels, de lourdes conséquences : prolifération de pratiques non encadrées, insécurité pour les consommateurs, concurrence déloyale et perte de crédibilité pour les acteurs structurés du secteur. Autrement dit, un marché livré à lui-même.
Pour y remédier, l’AGAI propose la mise en place rapide d’une commission d’agrément technique, placée sous l’autorité directe du ministère, avec un appui technique de l’association. L’objectif : assainir le secteur, protéger les citoyens et redonner confiance aux investisseurs.
Le foncier, verrou central de la politique du logement
La seconde priorité soulevée touche au cœur du problème : le foncier. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le Gabon aurait besoin d’environ 300 000 logements, alors que le pays ne compte qu’environ 33 000 titres fonciers existants. La production annuelle avoisine 1 200 titres, tandis que 60 000 dossiers sont en attente au cadastre.
À ce rythme, estiment les professionnels, il faudrait près de cinquante ans pour régulariser la situation foncière. Un horizon incompatible avec toute ambition de construction massive de logements.
Face à cette impasse, la solution avancée est claire : la digitalisation des titres fonciers. Une étude en ce sens avait déjà été validée par l’ancien ministre de l’Habitat, mais le projet était resté bloqué faute de financement. Pour l’AGAI, cette réforme est un préalable absolu à toute politique crédible du logement.
Les bénéfices attendus sont multiples : accélération de la régularisation foncière, réduction des litiges, libération du foncier constructible et surtout, attractivité accrue pour les financements publics et privés.
Une démarche d’accompagnement, pas de revendication
Le porteur de ces propositions insiste sur son positionnement : aucune revendication personnelle, aucun agenda politique. Il s’agit, dit-il, de mettre une expérience au service de l’action publique, dans une logique de loyauté institutionnelle et d’efficacité.
« Je ne viens pas demander, je viens proposer », résume-t-il, en offrant l’expertise et le réseau de l’AGAI pour accompagner le ministère dans l’atteinte de ses objectifs.
Dans un pays où le logement conditionne à la fois la stabilité sociale, l’emploi et la croissance urbaine, ces propositions dessinent une ligne claire : sans régulation du marché immobilier et sans réforme foncière profonde, la politique du logement restera un chantier inachevé. Le temps des diagnostics est passé. Celui des décisions structurantes semble désormais attendu.
Jean-Rovys Dabany







