La Banque mondiale a remis, ce mercredi dernier au Complexe Hôtelier de la Sablière, les livrables du projet PROBLUE « Vers un développement durable des pêches maritimes au Gabon », pointant un paradoxe économique majeur : un potentiel halieutique confirmé mais des retombées économiques nettement inférieures aux attentes. L’atelier de restitution, conduit par la représentante résidente Aïssatou Diallo et placé sous l’égide du ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie bleue, Aimé Martial Massamba, visait à transformer ce diagnostic en feuille de route opérationnelle.
Le rapport produit dans le cadre du projet « Développement durable du secteur de la pêche maritime au Gabon » (P505048) financé par PROBLUE et piloté par Samira El Khamlichi dresse un constat partagé par les autorités : malgré un cadre juridique dense et des ressources abondantes, le secteur pâtit d’un pilotage essentiellement administratif, d’une structuration insuffisante des chaînes de valeur et d’un déficit majeur de données consolidées depuis 2014. Ces lacunes limitent la capacité du secteur à contribuer à la diversification économique et à la construction d’une économie bleue performante. Les experts identifient plusieurs freins économiques : faiblesse de la transformation locale et de la valeur ajoutée, système d’accès à la ressource et de redevances peu incitatif, plans d’aménagement obsolètes et système statistique inefficace. En conséquence, les gains possibles en termes d’emplois, de sécurité alimentaire, de recettes fiscales et d’exportations restent largement sous-exploités.
Face à ces constats, le rapport préconise un changement de paradigme vers un pilotage stratégique intégré. Les mesures prioritaires proposées sont la professionnalisation progressive de la pêche artisanale, la révision du régime d’accès et des redevances pour mieux aligner incitations et durabilité, la modernisation des plans d’aménagement et la refondation du système statistique national par la digitalisation et la responsabilisation des opérateurs. Pour le ministre Aimé Martial Massamba, les recommandations recueillent un large consensus et appellent « à l’engagement rapide des réformes proposées ». Il a souligné que l’enjeu dépasse la régulation et touche la souveraineté économique, alimentaire et nutritionnelle du pays. De son côté, Aïssatou Diallo a rappelé que le secteur « est au cœur des enjeux de sécurité alimentaire, de création d’emplois, de valorisation des ressources nationales et de préservation des écosystèmes marins ».
Sur le plan institutionnel, le rapport invite l’État à recentrer son action sur la planification stratégique, les investissements structurants et une régulation économique favorable à l’industrialisation locale des produits de la mer. Ces orientations visent à accroître la valeur ajoutée domestique, renforcer la souveraineté alimentaire et positionner le Gabon comme un acteur crédible de l’économie bleue régionale. Les prochaines étapes restent à formaliser : hiérarchisation des réformes, calendrier de mise en œuvre, estimation des besoins d’investissement et renforcement des capacités institutionnelles. Le diagnostic fournit toutefois une base de travail susceptible d’attirer des financements complémentaires et de mobiliser les acteurs privés et les bailleurs autour d’un plan d’action consolidé.
L’attention des investisseurs et décideurs se porte désormais sur la rapidité de la mise en œuvre des recommandations et sur la capacité des autorités gabonaises à transformer un potentiel halieutique important en revenus durables, emplois et sécurité alimentaire.







