Guinée équatoriale : Ciudad de la Paz, le pari d’une capitale au cœur de la forêt

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Au cœur de la forêt équatoriale, la Guinée équatoriale construit sa nouvelle capitale. Ciudad de la Paz, anciennement Oyala, se dresse comme un pari audacieux : moderniser l’administration, décongestionner Malabo et Bata, et offrir aux habitants un cadre de vie planifié. Mais derrière les chantiers flambant neufs, les routes en construction et les immeubles administratifs, se posent de véritables défis humains et sociaux. Entre bidonvilles, infrastructures modernes et forêts intactes, le pays tente de réconcilier modernité et quotidien des habitants.

Par Jean-Rovys Dabany avec correspondant à Malabo

Le moteur du 4×4 gronde sur la piste boueuse qui relie Bata à Djibloho. Autour de nous, la forêt équatoriale s’étend à perte de vue, dense et silencieuse, interrompue seulement par les chantiers de Ciudad de la Paz. Ici, au centre du pays, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a décidé de bâtir a nouvelle capitale politique de la Guinée équatoriale, loin des côtes et des grandes villes saturées.

Malabo et Bata : la modernité côtoie la précarité

À Malabo, sur l’île de Bioko, les immeubles en verre et les hôtels internationaux brillent sous le soleil, contrastant avec les quartiers populaires où les maisons en tôle se pressent dans des ruelles étroites. Les habitants doivent parfois parcourir plusieurs kilomètres pour accéder à l’eau potable ou à l’électricité, souvent intermittente.

À Bata, le long des larges avenues, les centres commerciaux et les hôtels luxueux se mêlent aux bidonvilles qui s’étendent à perte de vue. Ici, les contrastes sont saisissants : entre modernité et précarité, richesse et pauvreté, planification et improvisation. « On a l’impression de vivre dans deux pays différents », confie José, un jeune chauffeur de taxi.

Ciudad de la Paz : construire une ville du futur

Dans la province de Djibloho, Ciudad de la Paz prend forme au milieu de la forêt. Les chantiers sont visibles partout : routes asphaltées qui percent les clairières, bâtiments administratifs en construction, logements pour fonctionnaires en train d’être montés. La ville est pensée pour accueillir toutes les institutions gouvernementales dans un espace planifié, avec électricité et eau courante dès le départ.

Maria, une ingénieure en charge d’un projet de logements pour les fonctionnaires, explique : « C’est un projet unique. Ici, on part d’une feuille blanche. On peut construire une ville organisée, durable et moderne. Mais le défi est énorme : tout doit être prêt dans un délai très court, et il faut convaincre les gens de venir vivre ici. »

Un défi humain et social

Pour les habitants, ce déménagement représente un changement radical. Des fonctionnaires de Malabo et Bata devront quitter leur quotidien urbain pour s’installer en pleine forêt, où commerces, écoles et hôpitaux sont encore en construction. José, un jeune père de famille appelé à travailler dans l’administration, confie : « Je suis excité, mais aussi inquiet. Il faudra que nos enfants puissent aller à l’école, que nous ayons des magasins et que la vie quotidienne soit possible. »

Le gouvernement insiste : Ciudad de la Paz doit réduire la pression sur Malabo et Bata, diversifier le développement économique et renforcer l’unité nationale. C’est un pari stratégique, mais aussi un défi humain.

Un pays aux multiples visages

Sur les routes qui mènent à Djibloho, le contraste est saisissant : des quartiers modernes et lumineux côtoient des bidonvilles improvisés, la forêt dense encercle des chantiers futuristes, et des routes à moitié construites témoignent de l’ampleur du défi. « La Guinée équatoriale est un pays de contrastes », explique un guide local. « Ici, la modernité se construit sur la précarité. Ciudad de la Paz pourrait devenir un modèle, mais il faudra que la ville transforme vraiment la vie des habitants. »

Le soleil décline sur les chantiers. Au loin, on entend encore le martèlement des ouvriers, le vrombissement des engins. Ciudad de la Paz émerge de la forêt comme une promesse et un défi, un pari sur l’avenir d’un pays en pleine mutation.