FMI – Gabon : la mission de février, premier audit politique du budget 2026

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Officiellement technique, la mission du Fonds monétaire international attendue à Libreville en février 2026 s’impose désormais comme un test grandeur nature de la crédibilité budgétaire du Gabon. Après l’annonce gouvernementale d’un « programme économique de croissance » présenté comme soutenu par le FMI, l’enjeu dépasse le cadre d’une simple consultation : il s’agit désormais d’évaluer la cohérence entre ambitions sociales et rigueur macroéconomique.

La visite du FMI, initialement inscrite dans le cadre classique des consultations de l’Article IV, a changé de statut. En annonçant le 21 janvier la mise en œuvre d’un programme économique adossé au Fonds, les autorités gabonaises ont déplacé le centre de gravité de cette mission : d’un exercice d’évaluation à une séquence de pré-négociation.

Ce repositionnement est loin d’être anodin. Il vise à produire un effet immédiat sur la perception des marchés et des partenaires techniques et financiers. En signalant un alignement anticipé avec les standards du FMI, Libreville cherche à restaurer un capital confiance fragilisé par les tensions budgétaires, l’accumulation d’arriérés et la pression sur la trésorerie publique.

Mais le signal politique devra désormais se traduire en équations chiffrées. Car la mission de février agira comme un véritable audit de crédibilité. Les équipes du Fonds examineront la soutenabilité des finances publiques, la trajectoire du déficit, la gestion de la dette et la capacité de l’État à mettre en œuvre des réformes structurelles.

Le point de tension central reste la promesse de lutte contre la vie chère, érigée en priorité sociale. Subventions, mesures de soutien au pouvoir d’achat et interventions sur les prix constituent des leviers politiquement sensibles, mais budgétairement coûteux. Toute la difficulté réside dans l’arbitrage entre impératif social immédiat et discipline budgétaire exigée pour tout appui financier international.

Autrement dit, le FMI devra déterminer si le cadre macroéconomique présenté peut absorber ces engagements sans dégrader davantage les équilibres fondamentaux. C’est sur cette compatibilité que se jouera la suite du processus.

Pour le Gabon, l’objectif est double : transformer une déclaration politique en feuille de route technique crédible, et passer rapidement d’un dialogue exploratoire à un accord formel. Un tel accord serait déterminant pour sécuriser des financements, stabiliser la trajectoire économique et consolider la position du pays au sein de la CEMAC.

La mission de février apparaît ainsi comme une séquence charnière : moins une visite protocolaire qu’un passage obligé vers la normalisation financière. Ce qui se jouera à Libreville relèvera moins de la communication que de la capacité à démontrer, chiffres à l’appui, que la stratégie budgétaire peut tenir face à la réalité.

Jean-Rovys Dabany