Fiscalité aérienne : Faut-il choisir entre recettes immédiates et croissance future ?

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Dans un contexte de contraintes budgétaires persistantes, le Gabon a fait le choix de mobiliser le transport aérien comme levier de financement de ses infrastructures. Une option défendable sur le principe, mais dont les effets collatéraux interrogent. Car à trop maximiser la recette immédiate, le risque est réel de compromettre la croissance future du tourisme et des services, secteurs pourtant au cœur de la stratégie de diversification économique.

Taxer le ciel n’est pas, en soi, une hérésie économique. Partout dans le monde, les États s’appuient sur les redevances aériennes pour financer la sûreté, la maintenance et la modernisation de leurs aéroports. Le Gabon s’inscrit dans cette logique. Mais comme toute fiscalité sectorielle, celle appliquée au transport aérien pose une question centrale : celle du bon dosage.

Selon l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA), les taxes et redevances prélevées sur un passager au départ du Gabon atteignent près de 297,70 dollars pour un vol international, un niveau sans équivalent sur le continent. Bien au-delà de la moyenne africaine, estimée à 68 dollars, ce différentiel crée un effet de seuil. À partir d’un certain point, la taxe ne finance plus seulement l’infrastructure : elle réduit la demande.

La récente révision à la hausse de la redevance passager R4, destinée au financement des plateformes aéroportuaires, s’inscrit dans cette logique de sécurisation des recettes. Mais elle renforce aussi une équation déjà fragile. Moins de passagers, ce sont moins de vols, moins de recettes annexes, moins de nuitées, et in fine moins de valeur captée par l’économie locale.

Le dilemme est donc clair. Faut-il privilégier la rente immédiate ou accepter une modération fiscale pour élargir la base, stimuler les flux et créer, à moyen terme, un cercle vertueux de croissance touristique ? La souveraineté budgétaire ne se mesure pas seulement à la capacité de taxer, mais à celle d’arbitrer entre le présent et l’avenir. Dans l’économie du voyage, le temps est un facteur décisif. Et chaque décision fiscale engage bien plus qu’un exercice comptable : elle dessine une trajectoire.

Jean-Rovys Dabany