Les chiffres de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) mettent en lumière une recomposition brutale, presque tellurique, du paysage bancaire gabonais entre 2024 et 2025. En l’espace de douze mois, BGFIBank s’est imposée comme l’acteur hégémonique du crédit, absorbant l’essentiel du marché et reléguant ses concurrents historiques à des rôles secondaires.
Au premier trimestre 2024, l’équilibre restait encore lisible : la BICIG dominait avec 35,24 % des parts de marché, devant l’UGB (27,19 %) et BGFIBank (23,43 %). Un an plus tard, la géographie du crédit s’est radicalement redessinée.
Au premier trimestre 2025, BGFIBank capte à elle seule 71,29 % de l’offre de crédit, enregistrant une progression spectaculaire de près de 48 points en un an. Cette ascension fulgurante s’opère mécaniquement par un effet d’éviction massif de ses concurrents :
•La BICIG décroche lourdement, passant de 35,24 % à 6,39 %.
•L’UGB suit la même trajectoire descendante, chutant de 27,19 % à 7,32 %.
•UBA devient quasi invisible sur ce segment, s’effondrant de 6,70 % à 0,46 %.
Une telle rupture structurelle suggère que BGFIBank a capté l’essentiel des nouveaux financements de grande taille, vraisemblablement liés aux projets structurants de l’État ou au secteur pétrolier, pendant que les autres établissements, contraints par des exigences prudentielles plus strictes ou une aversion accrue au risque, restaient en retrait.
Le marché du crédit gabonais n’est plus simplement concentré : il est désormais polarisé.
Le marché du crédit gabonais a basculé en un temps record. En moins d’un an, la concurrence bancaire a laissé place à une hyper-concentration inédite, où BGFIBank s’impose comme l’acteur pivot, voire incontournable, du financement de l’économie. Cette domination traduit à la fois une capacité supérieure à capter les grands dossiers stratégiques et, en creux, les limites structurelles de banques concurrentes freinées par le risque, la liquidité ou les contraintes prudentielles.
Si cette polarisation peut, à court terme, fluidifier le financement de projets majeurs, elle pose une question centrale de gouvernance financière : peut-on durablement confier l’essentiel du crédit à un seul acteur sans fragiliser l’écosystème bancaire ? La réponse conditionnera la résilience du système, la diversification de l’économie et, in fine, la souveraineté financière du Gabon. Le crédit, nerf de la croissance, n’aime ni le vide… ni le monopole.
La Rédaction







