Comment l’aviculture devient un levier économique au Gabon

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Au-delà des chiffres et des crédits, le Gabon expérimente une nouvelle approche de l’agriculture. Le gouvernement, en partenariat avec la BCEG, place la filière avicole au cœur de sa stratégie de souveraineté alimentaire, alliant financement, expertise technique et accompagnement des exploitants.

Le Gabon importe chaque année une grande partie de sa volaille, coûtant des milliards de FCFA en devises et laissant le pays dépendant des marchés étrangers. Face à ce constat, le gouvernement a choisi de transformer l’aviculture en secteur stratégique, combinant financement et expertise technique.

Le 23 janvier 2026, le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, a reçu la directrice générale de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), Daisy-Helen Eyang Ntoutoume, pour finaliser les modalités de financement des exploitations identifiées lors des récentes visites présidentielles. La particularité : chaque projet reçoit un “visa technique” du ministère, garantissant sa viabilité avant tout décaissement.

La BCEG mobilise un fonds agricole de 5 milliards FCFA, complété par une ligne de crédit de 6 milliards supplémentaires, offrant des prêts à taux préférentiel de 4 %. La mesure phare pour les exploitants avicoles : une période de grâce de 12 mois avant tout remboursement, permettant aux producteurs de stabiliser leur activité sans pression financière immédiate.

Cette approche est pensée pour le cycle de production avicole : élevage, maturation, vente, réinvestissement. Le crédit est ainsi directement calibré sur le temps biologique et économique du poulet, transformant le financement en un outil de réussite plutôt qu’en un risque d’échec.

L’impact de ce programme sur l’économie et la société gabonaises se mesure à plusieurs niveaux. D’abord, chaque ferme avicole financée contribue à réduire la dépendance aux importations, participant ainsi à l’équilibre de la balance commerciale et à la stabilité des prix sur le marché local. Ensuite, la filière génère une dynamique d’emplois significative, mobilisant non seulement les éleveurs, mais aussi les fournisseurs d’aliments, vétérinaires, transporteurs et commerçants, offrant ainsi des opportunités économiques directes et indirectes à l’ensemble du territoire. Enfin, grâce au “visa technique” délivré par le ministère, seuls les projets viables sont soutenus, favorisant la professionnalisation des exploitants et ouvrant la voie à une agriculture plus durable, rentable et structurée.

Ce projet n’est pas seulement économique : il s’inscrit dans une vision de souveraineté alimentaire. L’aviculture, produit de consommation de base, touche directement le quotidien des Gabonais. Contrôler sa production, c’est sécuriser le pouvoir d’achat, réduire la dépendance extérieure et créer des dynamiques économiques locales.

La synergie entre ministère, banque et ministère de l’Économie formalise un modèle inédit où financement et expertise technique convergent pour assurer succès et pérennité. Cette approche sera réaffirmée lors de la prochaine visite de terrain prévue à Makokou, point stratégique pour l’implantation des exploitations.

Le Gabon montre que l’agriculture n’est plus seulement une question de subventions ou d’assistance, mais un véritable secteur d’investissement et de développement. La filière avicole devient ainsi un laboratoire de l’ingénierie économique appliquée à l’alimentation, où chaque poulet produit localement participe à la construction d’une économie plus autonome et structurée.

Avec ce modèle, le gouvernement ouvre la voie à une nouvelle génération d’exploitants agricoles professionnels, capables de transformer des crédits en réussite durable et de contribuer directement à la souveraineté alimentaire du pays.

Jean-Rovys Dabany