
En lançant un audit systématique des contrats miniers signés entre 2010 et 2024, les autorités gabonaises ouvrent un chantier stratégique à haute valeur politique et économique. Au-delà de la rupture affichée avec les pratiques du passé, Libreville cherche à reprendre la main sur la rente minière, restaurer la confiance des partenaires internationaux et poser les bases d’un modèle extractif plus transparent et plus rentable.
Le Gabon a décidé de regarder son sous-sol droit dans les yeux. Dans un contexte de transition politique et de tensions budgétaires persistantes, les autorités ont enclenché un audit exhaustif de l’ensemble des contrats miniers conclus entre 2010 et 2024. Une initiative lourde de sens, qui marque le début d’une réforme structurelle du secteur extractif, longtemps considéré comme stratégique mais insuffisamment optimisé au regard de son potentiel.
Manganèse, fer, or : ces ressources constituent l’un des piliers silencieux de l’économie gabonaise. Pourtant, leur contribution aux finances publiques reste jugée en deçà des attentes, nourrissant le soupçon de déséquilibres contractuels, d’exonérations excessives ou de failles dans la gouvernance. L’audit engagé vise précisément à faire la lumière sur les termes des accords existants, à identifier les zones de fragilité et, le cas échéant, à renégocier des clauses jugées défavorables à l’intérêt national.
L’objectif affiché est sans ambiguïté : maximiser les retombées économiques du secteur minier au profit de l’État, sans casser l’outil productif. Il s’agit d’optimiser les recettes fiscales, de sécuriser les redevances minières, mais aussi de s’assurer que les engagements en matière de contenu local, d’environnement et de transformation industrielle sont effectivement respectés. En clair, faire du secteur minier un moteur réel de développement, et non un simple pourvoyeur de matières premières brutes. Cette offensive sur la transparence ne se joue pas uniquement à l’échelle nationale. Elle s’inscrit dans un cadre plus large de discussions sensibles avec le Fonds monétaire international (FMI). Selon Bloomberg, l’audit des contrats extractifs constitue un prérequis déterminant pour la conclusion d’un nouveau programme de financement. Le FMI, partenaire exigeant, attend de Libreville des signaux clairs sur sa capacité à rompre avec l’opacité passée et à renforcer la discipline macroéconomique.

Trois exigences structurent les attentes de l’institution de Bretton Woods : la publication intégrale des contrats miniers, le renforcement de la gouvernance des ressources naturelles et une gestion rigoureuse de la dette publique. Autrement dit, le sous-sol gabonais est désormais au cœur de l’équation budgétaire. Mieux valoriser les ressources minières, c’est réduire la pression sur l’endettement et restaurer des marges de manœuvre financières.
Si cette démarche peut susciter des inquiétudes chez certains partenaires historiques, elle n’a pas vocation à être punitive. Les autorités gabonaises insistent sur une approche pragmatique et concertée, visant à rééquilibrer les relations contractuelles sans remettre en cause la sécurité juridique. Le message est clair : le Gabon ne ferme pas la porte aux investisseurs, il redéfinit les règles du jeu.
Aux yeux des marchés et des investisseurs internationaux, cet audit est même perçu comme un signal de stabilité à long terme. Dans un contexte africain marqué par la montée des exigences ESG (environnement, social, gouvernance), la transparence contractuelle devient un facteur clé d’attractivité. En assainissant le climat des affaires, le Gabon espère attirer des investissements plus responsables, plus patients et mieux alignés sur ses priorités de développement.
L’enjeu est d’autant plus crucial que le pays table sur une croissance économique de 2,6 % en 2026. Pour atteindre cet objectif, la diversification de l’économie ne peut se faire sans un secteur extractif assaini, capable de financer les infrastructures, la transformation locale et les politiques sociales. L’audit des contrats miniers apparaît ainsi comme une pierre angulaire de la stratégie économique post-transition.
En revisitant les fondations juridiques de son secteur minier, le Gabon ne se contente pas de solder le passé. Il esquisse un nouveau pacte extractif, fondé sur la transparence, la souveraineté économique et la création de valeur locale. Un pari exigeant, mais nécessaire, pour transformer la richesse du sous-sol en prospérité durable.
Par Jean-Rovys Dabany







