L’Ordre national des experts-comptables (ONEC) a annoncé l’ouverture prochaine de poursuites judiciaires contre les cabinets exerçant illégalement la profession d’expert-comptable au Gabon, à l’issue de son assemblée générale tenue le 25 avril. Son président, Anaclet Ngoua, évoque « plus de 50 » structures non agréées opérant en marge du cadre réglementaire. Objectif affiché : assainir le marché du chiffre et endiguer la production d’états financiers non conformes, jugés nocifs pour le crédit bancaire et la fiscalité.
Une prolifération jugée critique
Selon les données communiquées par l’ONEC, 23 cabinets sont officiellement inscrits au tableau, pour 46 experts-comptables agréés à titre individuel. En parallèle, plus d’une cinquantaine d’entités informelles seraient actives. Le régulateur dénonce un ratio de deux structures illégales pour une entité reconnue, avec à la clé la production de liasses fiscales et de documents financiers « sans visa, sans normes et sans responsabilité ».
Ces pratiques affecteraient la qualité de l’information financière traitée notamment par la Direction générale des impôts (DGID) et les établissements bancaires, contraints d’opérer sur la base de données non auditées.
Dégradation de la confiance et renchérissement du crédit
L’ONEC alerte sur les conséquences macroéconomiques de ces dérives. Un état financier non certifié étant assimilé à un risque difficilement mesurable, les banques renforcent leurs provisions, restreignent l’accès au crédit ou appliquent des taux plus élevés.
De son côté, l’administration fiscale procède à des redressements sur la base d’indices, tandis que les investisseurs internationaux appliquent une décote au marché gabonais.
Le phénomène du « faux bilan » est ainsi présenté comme une « taxe invisible » pesant sur l’économie réelle, pénalisant notamment les petites et moyennes entreprises (PME) solvables mais dépourvues de documents certifiés.
Passage à l’offensive judiciaire
Après une phase de sensibilisation, l’ONEC annonce un changement de doctrine. « La liste est établie, les plaintes suivront », a déclaré son président. L’organisation entend obtenir des condamnations à titre dissuasif.
Les entreprises clientes pourraient également être exposées. Le dépôt de documents comptables établis par des prestataires non agréés pourrait entraîner des rejets fiscaux et une dégradation de leur notation bancaire.
L’ONEC souligne par ailleurs que son adhésion récente à la Fédération internationale des experts-comptables francophones renforce sa capacité d’action et sa crédibilité dans ce processus d’assainissement.
Un test pour les acteurs économiques
Pour le régulateur, l’année 2026 marque un tournant. Les entreprises sont appelées à exiger systématiquement l’agrément ONEC de leurs prestataires comptables, sous peine d’assumer des risques juridiques et financiers accrus.
Dans un contexte de développement du financement de l’économie, la fiabilité des états comptables apparaît comme un enjeu structurant. « La comptabilité n’est pas un formulaire, mais le système nerveux de l’économie », souligne une source proche du dossier.





