Réunis à Marrakech à l’occasion de la 4e édition du Gitex Africa 2026, responsables politiques européens et africains ont engagé une réflexion commune sur les conditions de construction d’une souveraineté numérique adaptée à l’ère de l’intelligence artificielle. Les échanges ont mis en lumière un enjeu central : concilier innovation technologique, indépendance stratégique et impact humain.
Au cœur des discussions, les ministres présents ont défendu l’idée d’un partenariat euro-africain renouvelé, reposant sur la confiance, le partage de compétences et une approche éthique du numérique. Dans un contexte de forte accélération de l’IA à l’échelle mondiale, les intervenants ont insisté sur la nécessité de réduire les dépendances technologiques, notamment dans les domaines du cloud, de la cybersécurité et des infrastructures de calcul.
Souveraineté numérique et infrastructures stratégiques : vers une coopération éthique et une montée en puissance technologique du Maroc
La partie européenne a réaffirmé sa volonté de renforcer la coopération avec le continent africain dans un cadre équilibré. L’accent a été mis sur une souveraineté technologique mieux assumée, visant à permettre aux deux régions de développer leurs propres capacités industrielles et numériques tout en limitant la dépendance aux grandes plateformes internationales. Les débats ont également souligné l’importance d’une technologie responsable, respectueuse de l’environnement et centrée sur les usages humains. Cette approche vise à inscrire l’intelligence artificielle dans une logique de développement durable et inclusif.
Sur le plan africain, le Maroc a présenté l’avancement de ses projets structurants dans le numérique. Parmi eux figure un vaste centre de données en développement dans la région de Dakhla, conçu comme une infrastructure de nouvelle génération destinée à renforcer la souveraineté numérique du continent.
Ce futur complexe, pensé comme une plateforme régionale de stockage et de traitement de données, ambitionne d’atteindre une capacité énergétique importante à l’horizon 2030. Il repose sur un modèle entièrement orienté vers les énergies renouvelables, avec un système de refroidissement innovant utilisant les ressources marines. L’objectif affiché est de positionner le pays comme un hub technologique régional capable d’attirer des investissements dans les secteurs du cloud et de l’intelligence artificielle.
L’énergie, facteur déterminant de l’économie de l’intelligence artificielle
Dans ce contexte, la question énergétique est apparue comme un élément structurant du débat économique. Le ministre gabonais de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Mark Alexandre Doumba, a insisté sur le fait que le développement de l’intelligence artificielle repose avant tout sur la disponibilité d’une énergie fiable et compétitive. Selon lui, les infrastructures numériques modernes, notamment les centres de données et les systèmes de calcul intensif, exigent une consommation énergétique importante. Dès lors, la maîtrise du coût de l’électricité devient un levier essentiel de compétitivité pour les économies africaines.
Le responsable gabonais a également mis en avant la position favorable de plusieurs pays du continent, dont le Gabon, qui disposent d’un mix énergétique largement dominé par les ressources hydroélectriques. Cette spécificité constitue, selon lui, un atout majeur dans la course à l’industrialisation numérique. En réduisant les coûts de production énergétique et en favorisant une énergie plus stable et plus propre, ces ressources pourraient jouer un rôle clé dans l’attraction de projets liés à l’intelligence artificielle et au cloud computing.
Vers une stratégie africaine de spécialisation numérique
Au-delà des enjeux énergétiques, les échanges ont souligné la nécessité pour les États africains de mieux structurer leurs politiques numériques. Le ministre gabonais a plaidé pour une approche plus analytique des secteurs stratégiques, afin d’identifier les domaines dans lesquels chaque pays peut développer des avantages compétitifs durables. Cette démarche vise à éviter une dispersion des efforts et à renforcer la capacité du continent à s’insérer de manière cohérente dans les chaînes de valeur mondiales du numérique.
En filigrane, les discussions du Gitex Africa 2026 ont confirmé une tendance de fond : l’Afrique et l’Europe cherchent à redéfinir leur coopération technologique autour d’objectifs communs, mêlant souveraineté, innovation et durabilité. Dans cette dynamique, l’intervention du ministre gabonais s’inscrit dans une vision plus large où le numérique n’est plus seulement un secteur technologique, mais un véritable moteur de transformation économique, reposant sur des choix structurants en matière d’énergie, d’investissement et de stratégie industrielle.





