La Gabon Oil Company (GOC) fait face à une pression accrue de l’administration fiscale gabonaise dans un dossier qui met en jeu plusieurs dizaines de milliards de francs CFA. Le Trésor public gabonais réclame à l’entreprise publique le règlement d’un montant de 29,1 milliards de FCFA, soit environ 51,2 millions de dollars, lié à une obligation fiscale restée en suspens à la suite d’une opération pétrolière majeure.
Un contentieux vieux de juillet 2025, lors du rachat par la GOC des actifs de la société britannique Tullow Oil. L’opération, conclue pour un montant de 307 millions de dollars nets d’impôts, s’inscrivait dans la volonté des autorités gabonaises de renforcer le contrôle national sur les ressources pétrolières. Le contexte étatique étant au rendez-vous, un mécanisme de retenue à la source avait été formalisé entre les deux parties. Il prévoyait que la GOC prélève directement l’impôt dû sur la plus-value réalisée par Tullow Oil, avant d’en assurer le reversement à l’État gabonais. Ce type de dispositif vise généralement à sécuriser les recettes fiscales sur des transactions internationales à fort enjeu.
Un engagement financier non respecté
Si la retenue aurait bien été effectuée, le transfert effectif des fonds vers le Trésor ne se serait pas matérialisé conformément aux engagements pris. Pour éviter un contentieux immédiat, un accord avait été négocié avec le ministère de l’Économie du Gabon, permettant à la GOC d’étaler le paiement sur six échéances, avec une date limite fixée à fin avril 2026. Cependant, selon plusieurs sources concordantes, l’entreprise dirigée par Marcellin Simba Ngabi n’aurait pas respecté ce calendrier de remboursement, relançant ainsi les exigences de l’administration fiscale.
Cette affaire intervient dans un contexte de durcissement de la politique de mobilisation des recettes publiques. Le recouvrement des créances fiscales, longtemps considéré comme un point faible de la gestion budgétaire, a été érigé en priorité par Henri-Claude Oyima, puis poursuivi par son successeur Thierry Minko.
Les chiffres illustrent l’ampleur de l’enjeu : en octobre 2025, les autorités estimaient à près de 800 milliards de FCFA (environ 1,4 milliard de dollars) le volume des impayés fiscaux accumulés par les entreprises au titre des exercices 2023 et 2024. Dans ce contexte, le cas de la GOC, pourtant bras opérationnel de l’État dans le secteur pétrolier, revêt une dimension symbolique particulière.
Des tensions budgétaires persistantes
Au-delà de ce dossier, la situation met en lumière les contraintes croissantes pesant sur les finances publiques du Gabon. Le niveau d’endettement officiel a atteint 71,2 % du PIB à la fin de l’année 2025, un seuil jugé préoccupant dans un environnement marqué par une transparence budgétaire encore perfectible. Face à ces déséquilibres, les autorités explorent des solutions de stabilisation macroéconomique. Le président Brice Clotaire Oligui Nguéma a ainsi exprimé son ouverture à la mise en place d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international, signe d’une volonté de restaurer la crédibilité financière du pays.
L’affaire pose enfin la question de la cohérence de l’action publique. Alors que l’État renforce la pression sur les opérateurs privés pour améliorer le recouvrement fiscal, la situation d’une entreprise stratégique sous contrôle public en défaut de paiement soulève des interrogations sur la gouvernance et la discipline financière au sein du secteur parapublic. Dans un contexte où la confiance des partenaires financiers internationaux est déterminante, la régularisation rapide de ce dossier apparaît comme un enjeu majeur. Plus qu’un simple litige fiscal, il s’agit d’un test de crédibilité pour l’État gabonais, engagé dans une phase délicate de redressement de ses équilibres budgétaires.


