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jeudi, mars 19, 2026
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Gabon : Vers une « blockchain » forestière pour endiguer l’érosion des recettes budgétaires

Face à un décalage alarmant entre la hausse de la production de bois et la baisse des revenus fiscaux, Libreville déploie un arsenal numérique. Le dispositif vise à unifier les données douanières et forestières pour neutraliser l’informel.

Le secteur forestier gabonais, poumon économique du pays couvrant 90 % du territoire, s’apprête à vivre une révolution technologique. Le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, a officialisé le lancement imminent d’un système de traçabilité numérique intégré. Cette réforme ne se veut pas seulement environnementale : elle est avant tout budgétaire. L’objectif est de sécuriser les flux de revenus de l’État dans une filière où l’opacité statistique mine la performance économique.

L’anomalie statistique : produire plus pour gagner moins

Le déclencheur de cette accélération digitale réside dans une équation économique devenue intenable. Les chiffres officiels révèlent une distorsion majeure entre les volumes extraits et la fiscalité collectée :

• En 2024 : 1,5 million de m³ de grumes ont généré 42 milliards de FCFA.

• En 2025 : Malgré un doublement de la production (plus de 3 millions de m³), les recettes ont chuté à 31 milliards de FCFA.

Cette corrélation inverse entre activité et rentabilité fiscale pointe du doigt des failles systémiques dans le contrôle des volumes. En l’absence de mécanismes d’audit indépendants et centralisés, l’administration peine à capter la valeur réelle de l’exploitation forestière.

La technologie au service de l’unité administrative

Pour corriger ces biais, le nouveau dispositif s’appuiera sur la géolocalisation par GPS et le marquage numérique. L’innovation majeure réside dans l’interopérabilité des données. « Il faut que les Eaux et Forêts et la Douane aient les mêmes chiffres », a martelé le ministre Allogo. En unifiant les bases de données, le gouvernement souhaite mettre fin aux « fuites » de valeur entre la zone de coupe et les terminaux d’exportation.

Le système permettra de suivre chaque grume en temps réel, garantissant que les volumes transformés ou exportés correspondent scrupuleusement aux autorisations de coupe. Cette mesure cible directement l’exportation illégale de grumes, un trafic qui, malgré l’interdiction en vigueur, pèserait encore plusieurs dizaines de milliards de FCFA par an.

Un secteur sous tension conjoncturelle

Cette réforme intervient dans un climat macroéconomique morose pour le bois gabonais. Si la volonté de transparence est forte, elle se heurte à une conjoncture dégradée :

• Chute de la demande internationale : Les marchés extérieurs ralentissent, pesant sur les carnets de commandes.

• Ralentissement industriel : La production de sciage a enregistré une contraction notable au premier semestre 2025.

Pour les opérateurs du secteur, cette transition numérique représente un défi de conformité supplémentaire dans un contexte de baisse de l’activité. Pour l’État, c’est un impératif de souveraineté économique pour s’assurer que la forêt, premier employeur privé du pays, contribue à sa juste valeur au Trésor public.

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