Logement social : Libreville teste le sérieux des offres étrangères

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Face à un déficit structurel de logements qui s’enracine depuis des décennies et continue de peser sur la cohésion sociale comme sur l’attractivité économique du pays, le gouvernement gabonais affine sa doctrine. Le 19 janvier 2026 à Libreville, le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a reçu une délégation égyptienne conduite par des responsables de la société SAMCO, en présence de l’ambassadrice de la République arabe d’Égypte au Gabon, Riham Hussein Ammar.

Au cœur des échanges : un projet de construction de logements sociaux, pensé comme une contribution à l’extension et à la modernisation du parc immobilier national. Dans un pays où la pression démographique urbaine s’intensifie, où les classes moyennes émergentes peinent à accéder à un habitat décent et où l’offre reste largement inférieure à la demande, la question du logement n’est plus un simple sujet sectoriel. Elle est devenue un marqueur de crédibilité de l’action publique.

Le ministre n’a pas éludé la reconnaissance du savoir-faire égyptien, notamment en matière de grands programmes immobiliers à coûts maîtrisés. Mais l’échange, loin des discours de courtoisie, s’est inscrit dans un registre résolument opérationnel. Le message de Libreville est clair : le Gabon n’est plus dans une logique de promesses, mais dans celle des preuves.

Confronté à des contraintes budgétaires sévères et à la nécessité de prioriser les dépenses publiques, l’État gabonais a posé des lignes rouges non négociables. Aucun financement direct sur fonds publics ne sera mobilisé pour ce type de projet. Une posture assumée, presque doctrinale, qui traduit un changement d’époque : le logement social doit désormais s’appuyer sur des montages financiers innovants, autonomes, bancables et compatibles avec les équilibres macroéconomiques du pays.

Mays Mouissi a ainsi invité ses interlocuteurs à sortir des schémas classiques pour proposer des solutions intégrant, par exemple, des partenariats public-privé structurés, des mécanismes de préfinancement, ou encore l’intervention d’institutions financières internationales. En filigrane, une exigence : que le projet ne soit pas seulement techniquement séduisant, mais financièrement soutenable et socialement pertinent.

À ce stade, aucun accord n’a été signé. Et ce n’est pas un échec, mais une méthode. Le gouvernement gabonais conditionne toute avancée à la présentation d’un projet jugé « abouti, concret et réaliste », capable de passer l’épreuve du terrain comme celle des chiffres. Autrement dit, le temps des intentions est révolu ; place à celui de l’ingénierie solide.

La rencontre aura néanmoins permis de baliser le cadre et de tester l’alignement des ambitions. Désormais, la balle est dans le camp de SAMCO, appelée à transformer cette prise de contact diplomatique et technique en une offre crédible, capable de répondre à l’urgence sociale tout en respectant les nouvelles règles du jeu budgétaire gabonais.

Entre prudence héritée des expériences passées et volonté d’ouvrir une nouvelle page, Libreville avance sans lyrisme excessif, mais avec une boussole claire : bâtir, oui, mais bâtir durablement, intelligemment, et sans hypothéquer l’avenir.

Jean-Rovys Dabany