Le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse, occupe une place stratégique sur le marché international des matières premières. Si le pays décidait de cesser ses exportations de minerai brut, les conséquences se feraient sentir à l’échelle mondiale : flambée des prix, perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, et recherche accélérée de fournisseurs alternatifs. Mais pour le Gabon, cette décision représenterait aussi une opportunité unique de développer la transformation locale et de renforcer sa filière industrielle, en créant davantage de valeur ajoutée sur son sol.
Le Gabon est aujourd’hui le deuxième producteur mondial de manganèse, avec une production estimée à environ 4,6 millions de tonnes en 2024, et des réserves prouvées de 61 millions de tonnes, positionnant le pays comme un acteur incontournable sur le marché mondial. Le manganèse est un minerai essentiel pour plusieurs industries clés : la production d’acier, la fabrication d’alliages spécifiques, ainsi que le développement des batteries pour les véhicules électriques, un secteur en forte croissance. Les principaux acheteurs du Gabon incluent des géants industriels comme la Chine, l’Inde, les États-Unis, la Russie et la France, mais également des pays importateurs stratégiques tels que les Émirats arabes unis et le Japon.
Dans l’éventualité où le Gabon suspendrait ses exportations de manganèse brut, plusieurs effets majeurs sont à anticiper. Premièrement, les industriels qui dépendent de ce minerai de haute qualité pourraient se retrouver confrontés à une pénurie difficile à compenser rapidement, ce qui pourrait ralentir la production d’acier et d’autres produits dérivés. Deuxièmement, la contraction de l’offre mondiale entraînerait inévitablement une hausse des prix, impactant durablement les coûts de production dans des secteurs sensibles, avec des effets en cascade sur les marchés mondiaux.
Cette nouvelle réalité forcerait les importateurs à chercher rapidement des fournisseurs alternatifs, notamment en Afrique du Sud, en Australie, au Brésil, voire dans d’autres régions émergentes. Or, ces nouvelles sources s’accompagneraient souvent de délais d’approvisionnement plus longs, de coûts logistiques accrus et d’une possible baisse de qualité, complexifiant davantage la situation des industriels.
Sur le plan macroéconomique, cette décision pourrait aussi accroître la volatilité du marché, incitant les acteurs à constituer des stocks stratégiques pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. La redistribution des parts de marché profiterait sans doute aux producteurs alternatifs, mais elle pourrait aussi fragiliser certaines industries dépendantes du manganèse gabonais, avec des risques de ralentissements industriels ou de hausses de prix au niveau des consommateurs.
Pour le Gabon, cette rupture marquerait une étape décisive dans sa stratégie de valorisation locale de ses ressources naturelles. Plutôt que de se cantonner à l’exportation de minerai brut, le pays souhaite désormais favoriser la transformation sur place, développer des unités de production plus sophistiquées, et créer une industrie minière à forte valeur ajoutée. Cette ambition vise non seulement à diversifier l’économie gabonaise, mais aussi à générer des emplois, améliorer les revenus locaux et renforcer la souveraineté économique nationale.
En résumé, l’arrêt des exportations gabonaises de manganèse brut aurait des répercussions immédiates et profondes sur le marché mondial, tout en offrant au Gabon une opportunité stratégique majeure. Face à cette possible évolution, les acheteurs et les industries utilisatrices doivent impérativement anticiper, diversifier leurs fournisseurs et sécuriser leurs approvisionnements pour limiter les risques et maintenir leur compétitivité.
En bouleversant les équilibres du marché, le Gabon pourrait contraindre ses partenaires internationaux à repenser leurs chaînes d’approvisionnement, tout en réaffirmant son rôle central dans la chaîne mondiale de valeur du manganèse. Une révolution industrielle est en marche, au cœur de l’Afrique, entre défi économique et souveraineté retrouvée.
Jean-Rovys Dabany







