Plante sacrée au cœur des rites Bwiti, l’iboga cristallise aujourd’hui de nombreux enjeux au Gabon. Entre forêt de Sibang, où il est encore cueilli selon les traditions ancestrales, et salles de conférence à Libreville, où se dessinent les contours de sa protection et de sa valorisation, le « bois sacré » se retrouve au centre d’un débat crucial : comment préserver cette richesse nationale tout en faisant de son potentiel thérapeutique un levier de développement durable ?
Par la Rédaction
Au cœur de la forêt indigène du laboratoire de Sibang, en plein centre de Libreville, un arbre attire toutes les attentions : l’iboga. Dans ce sanctuaire végétal, tradithérapeutes, initiés Bwiti et praticiens viennent encore aujourd’hui cueillir, avec précaution, cette plante aux vertus spirituelles et thérapeutiques reconnues. Racine sacrée, l’iboga est à la fois remède, rite et héritage.
À plus de quinze kilomètres de là, dans un décor radicalement différent, c’est un autre combat qui se joue autour de la même plante. À l’Hôtel de La Sablière, à Libreville, s’est ouverte le 12 janvier 2025 la Conférence internationale sur l’Iboga et l’Ibogaïne, une rencontre stratégique visant à structurer une filière aussi prometteuse que vulnérable.
Placée sous le thème « L’Iboga, racine du Gabon, source d’avenir durable », cette conférence de deux jours est organisée conjointement par l’Agence Gabonaise pour le Développement de l’Économie Verte (AGADEV) et l’organisation Americans for Ibogaine. L’objectif est clair : poser les bases d’un cadre éthique et réglementaire capable de protéger cette ressource sacrée de la surexploitation et du trafic illicite, tout en valorisant son potentiel thérapeutique à l’échelle mondiale.
Le programme réunit un panel riche et diversifié, allant des décideurs politiques, notamment les ministres des Eaux et Forêts et de la Santé, aux gardiens de la tradition Bwiti, en passant par des chercheurs internationaux. Des figures clés comme Stéphane Lasme et Bryan Hubbard animent les échanges, tandis que des experts gabonais tels que le Pr. Henri Paul Bourobou Bourobou et le Dr. Souza présentent les avancées de la recherche pharmacologique locale.
Au-delà de ses applications médicales, notamment dans le traitement des addictions, l’Iboga s’impose ici comme un pilier de l’identité nationale. Comme le résume le comité d’organisation : « Protéger l’Iboga, c’est protéger l’âme d’un peuple et l’avenir d’une nation. »
Les discussions portent également sur l’entrepreneuriat, l’écotourisme et l’élaboration de politiques publiques inspirées de modèles internationaux. Autant de pistes pour faire du Bois sacré, trésor du patrimoine gabonais, un véritable levier de développement durable, respectueux des savoirs ancestraux.




