Derrière les chiffres et les annonces gouvernementales, il y a des foyers, des attentes et des vies en suspens. Avec le programme « Dernier kilomètre » et l’accélération de la sécurisation foncière, l’année 2026 pourrait marquer un basculement concret pour des milliers de familles gabonaises, longtemps restées aux marges des services essentiels et de la propriété formelle.
Par Jean-Rovys dabany
Dans un quartier périphérique de Libreville, la journée commence souvent avant le lever du soleil. Sans électricité stable, sans eau courante, chaque geste du quotidien devient une épreuve d’organisation. Remplir les bidons, surveiller le groupe électrogène du voisin, adapter les horaires aux coupures imprévisibles. Pour beaucoup de familles gabonaises, cette réalité n’est ni exceptionnelle ni temporaire : elle structure la vie depuis des années.
C’est précisément à ce niveau, celui du foyer, que le gouvernement entend frapper en 2026. Annoncé comme un levier social majeur, le programme « Dernier kilomètre » vise 50 000 nouveaux raccordements à l’eau et à l’électricité à travers toutes les provinces du pays. Une promesse qui, sur le papier, ressemble à une statistique. Mais sur le terrain, elle peut changer une trajectoire de vie.
Quand la lumière devient une opportunité
Pour une famille raccordée à l’électricité, les effets dépassent largement le confort domestique. La lumière permet aux enfants d’étudier le soir, au parent de lancer une petite activité génératrice de revenus, au foyer de réduire des dépenses liées aux solutions de fortune. L’eau courante, elle, diminue les risques sanitaires, allège les corvées quotidiennes et redonne du temps — cette ressource invisible mais essentielle.
« Ce sont 50 000 familles qui retrouveront l’espoir d’une vie plus digne », a déclaré le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault. Derrière cette formule, une réalité simple : sans accès aux services essentiels, aucune politique sociale ne tient dans la durée.
Un terrain sécurisé, un avenir possible
Mais l’autre basculement attendu en 2026 se joue sur un document souvent méconnu : le titre foncier. Pour de nombreux ménages, habiter un terrain sans statut juridique clair signifie vivre dans l’incertitude permanente : impossibilité d’emprunter, de transmettre, parfois même de construire durablement.
L’annonce de l’octroi de 50 000 titres fonciers sécurisés ouvre une autre perspective. Celle d’un patrimoine reconnu, mobilisable, transmissible. « Ce sont 50 000 familles qui pourront emprunter, investir et surtout construire un avenir », a insisté le vice-président du gouvernement. Avec un titre en main, une maison cesse d’être un simple abri pour devenir un actif, une garantie, un projet.
Du quotidien à l’économie nationale
Pris séparément, un raccordement ou un titre foncier semblent relever de la micro-gestion. Ensemble, ils dessinent une stratégie plus large : agir sur les verrous invisibles qui maintiennent des pans entiers de la population dans l’informel et la précarité. Accès à l’énergie, à l’eau, au foncier : ces éléments constituent la base d’une économie domestique plus stable, capable de soutenir l’activité locale et l’initiative individuelle.
À travers ces annonces, l’État affiche une ambition claire : faire du développement une expérience vécue, et non un concept macroéconomique. En ciblant directement le foyer, il parie sur une transformation par la base, où la dignité précède la croissance.
L’attente au bout du chemin
Reste toutefois un défi central : celui de la mise en œuvre. Pour les familles concernées, 2026 ne sera pas jugée à l’aune des discours, mais à celle des branchements effectifs, des robinets ouverts et des titres délivrés. Le « dernier kilomètre » est souvent le plus long, le plus complexe, mais aussi le plus décisif.
Si les promesses se concrétisent, 2026 pourrait ne pas être une année comme les autres. Elle pourrait être celle où, pour des milliers de foyers gabonais, la vie quotidienne bascule enfin du provisoire vers le possible.







