Pour se verdir, TOTAL redouble d’énergies

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Au milieu des forêts de pins, un trou de 35 hectares. Au sud de Bordeaux, en bordure du parc naturel des Landes de Gascogne. Le site naturel a été abimé par des grandes tempêtes de 1999 et 2009. Que faire de l’endroit ? Il y a trois ans, il a retrouvé une utilité sociale, en accueillant des parcs photovoltaïques. Tournés plein sud, les panneaux solaires s’alignent les uns derrière les autres, de part et d’autre d’une petite route. La centrale de Mer le Sud et Seneguler, dont la plus récente partie a été mise en service en février, affiche 32 mégawatts (MW) de puissance installée. 

De quoi alimenter 16 000 foyers dans la région, calcule rapidement sur son téléphone Thierry MULLER, Directeur de TOTAL QUADRAN qui exploite le site. Cette filiale du géant pétrolier est le fer de lance de sa production d’énergie renouvelable en France avec 350 sites. Elle compte 430 salariés, 150 de plus qu’il y a dix-huit mois, lorsque Thierry MULLER a quitté EDF pour rejoindre TOTAL :
« Je suis venu pour la vision qu’avait le groupe, dans les renouvelables, son ambition, ses moyens » assure Tenthonsiaste technicien des renouvelables. Avec son équipe, MULLER prospecte surtout le territoire français, à la recherche de nouveaux endroits où planter des panneaux solaires et des éoliennes, « Tout le monde cherche, c’est très compétitif » il faut imaginer des solutions : installer des cellules photovoltaïques au-dessus des parkings en surplomb des champs de vignes ou sous les panneaux existants avec un sol réfléchissant la lumière…

L’homme a une feuille de route à tenir : il doit quadrupler d’ici à 2025 la capacité de Quadran, pour atteindre 4 Gigawatts (GW)

La société pétrolière s’est vigoureusement plongée dans les énergies renouvelables. Elle doit concrétiser cette volonté lors d’une assemblée générale des actionnaires, à haute portée symbolique, ce vendredi. L’Entreprise mettra au vote un changement de dénomination :
« TOTAL » deviendrait « TOTAL ENERGIES ». Le pluriel est là pour signifier que la société n’est plus guidée par le seul commerce de l’or noir. Elle se veut à l’avenir « la compagnie des énergies responsables ». Une autre résolution d’importance, présentée par le conseil d’administration, vise à faire valider la stratégie climat de l’entreprise. Celle-ci tient en une série d’engagements, dont le plus important celui d’être neutre en émissions nettes de carbone en 2050. Avant cette date lointaine, TOTAL vise, à titre d’étape en 2030 une baisse de 30% de ses émissions indirectes en Europe par rapport à 2015, et une décroissance au niveau mondial, sans chiffre plus précis. Un objectif qui devance la contrainte : La justice néerlandaise vient d’ordonner au grand concurrent SHELL de réduire ses émissions nettes de CO2, de 45% d’ici dix ans.

« CONSTRUIRE UN EDF EN DIX ANS »

Sur le chemin de grande randonnée de la « neutralité carbone », TOTAL part avec des bottes pleines de mazout. E N 2019, dernière année pré covid, la firme, présente dans 130 pays, a engendré un peu plus de 450 millions de tonnes de gaz à effet de serre, rejets indirects compris. C’est plus que ce que produit la France (441 millions de tonnes, selon le centre interprofessionnel technique détache de la pollution atmosphérique)

Sous la direction du PDG Patrick POUYANNE, aux commandes depuis 2005 la compagnie a engagé un vaste programme de diversification, déjà amorcé par son prédécesseur Christophe de Margerie, et qui s’est considérablement accéléré ces deux dernières années. Les projets jaillissent du sol comme le pétrole quoi a fait la fortune du groupe, et les milliards d’euros pleuvent. Récemment, on a vu le groupe remporter un appel d’offres pour 1,5 GW d’éolien en mer au Royaume-Uni, récupérer l’exploitation du réseau de bornes de recharge électrique de Paris, mettre de très grosses billes dans le géant indien ADANL, lancer un site de production « d’hydrogène vert » au cœur de sa raffinerie de la MEDE( Bouches-du-Rhône), fournir le biocarburant d’un vol Air France Paris-Montréal.

« Pouyanné est dans une phase où il place un peu partout pour voir ce qui marche, en se disant qu’il sera gagnant à la fin. Ses réserves de cash lui permettent d’être présent sur tous les fronts. C’est impressionnant », analyse un des principaux dirigeants d’EDF, préoccupé par la montée en puissance de ce rival bien mieux armé financièrement.

TOTAL, c’était 200 milliards d’euros de revenus en 2019 avant la crise sanitaire, pour 11 milliards d’euros de bénéfices. Un colosse.

Le cadre de l’électricien public a raison de se faire du mouron. Une source au sommet de TOTAL ne s’est pas caché « nous sommes entrain de construire un EDF en dix ans »

Le visage le plus significatif du pétrolier est son développement en tant que producteur et distributeur d’électricité. En France, cette transformation s’est traduite par le rachat en 2018 de DIRECT ENERGIE qui a permis à TOTAL de prendre jusqu’à 100 000 clients par mois à EDF et d’afficher aujourd’hui 5 millions d’abonnés.

« Nous considérons que nous vendons désormais trois sortes de produits énergétiques : des liquides (pétrole, biocarburants, du gaz dont du biogaz et de l’hydrogène) et de l’électricité en grande partie renouvelable. « explique Mathieu SOULAS, Vice-Président stratégie et climat de TOTAL. La compagnie a l’objectif de disposer sur la planète, de 35GW de capacité de production d’électricité renouvelable en 2025, essentiellement via le solaire. Elle était à moins de 1GW en 2017.

A l’horizon 2030, le groupe vise 100GW quand, dans le même temps, EDF n’ambitionne que 60GW. Même les ONG écologistes très critiques de la politique climatique de TOTAL, comme Roclaim Finance qui parle de « hausse fulgurante » reconnaissent qu’il se passe quelque chose ■